Quand Xbox rêvait de Final Fantasy : les coulisses d’un deal raté qui aurait pu changer l’histoire
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Quand Xbox rêvait de Final Fantasy : les coulisses d’un deal raté qui aurait pu changer l’histoire

·par Dany · 4 min
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Et si Final Fantasy avait été une licence Xbox ?

Aujourd’hui, l’idée fait sourire. Final Fantasy est partout : PlayStation, PC, parfois même Xbox, et bientôt sur des machines dont personne n’avait rêvé en 2001. Mais au début des années 2000, c’était une autre histoire. Final Fantasy, c’était PlayStation incarné. Une relation quasi sacrée entre Sony et Square Enix. Et pourtant… Microsoft a bel et bien tenté de briser ce lien.

Dans une interview récente accordée à la chaîne Youtube The Expansion Pass, Ed Fries, l’ancien vice‑président de l’édition chez Xbox, a confessé ce qui ressemble à l’un des plus gros “et si ?” de l’histoire du jeu vidéo : Microsoft a essayé, très sérieusement, d’amener Final Fantasy sur la toute première Xbox, et même sous forme d’exclusivité. Une ambition qui n’a jamais abouti, mais qui révèle beaucoup sur les tensions de l’époque. 


Xbox, le challenger qui voulait parler japonais

Quand la première Xbox débarque en 2001, Microsoft sait une chose : sans le Japon et sans les JRPG, la bataille est presque perdue d’avance. Sony règne sur le genre, Nintendo se replie sur ses licences historiques, et Square Enix détient l’arme ultime : Final Fantasy.

Ed Fries explique qu’il se rendait régulièrement au Japon pour discuter avec Square Enix, mais aussi Capcom, Konami ou Sega. L’objectif était clair : convaincre ces studios que Xbox n’était pas un caprice américain, mais un vrai acteur sur le long terme. Avec certains éditeurs, ça marche. Avec Square, jamais complètement.

Il va jusqu’à évoquer des scénarios aujourd’hui presque irréels : Final Fantasy X, XII, voire même XI auraient pu sortir sur Xbox originale, en parallèle de la PlayStation 2. Voire, dans ses rêves les plus fous, devenir des piliers exclusifs de la marque, aux côtés de Halo.


Pourquoi Square Enix n’a jamais franchi le pas

La raison n’est pas seulement financière.
Selon Fries, Square Enix voulait sincèrement que Sony ait un concurrent solide. Un marché dominé par un seul acteur, c’est rarement bon pour les créateurs. Mais soutenir Xbox trop ouvertement aurait été perçu comme une trahison. 

L’ex‑dirigeant évoque même une crainte très concrète : Sony pouvait “punir” les studios trop visibles dans leur soutien à Xbox, par exemple en retardant l’envoi de kits de développement ou en réduisant la mise en avant marketing de leurs jeux sur PlayStation. Dans un Japon vidéoludique ultra‑codifié, ces pressions implicites pesaient lourd.

Résultat : Square préfère rester discret. Aider Xbox, oui, mais sans jamais rompre publiquement avec Sony. Final Fantasy, joyau absolu de la couronne, était trop symbolique pour être déplacé aussi frontalement.


Le basculement… mais trop tard

Le vrai tournant se produira plus tard, avec Final Fantasy XIII, annoncé sur Xbox 360 en 2008. Un choc médiatique énorme à l’époque. Les forums brûlaient, les débats techniques faisaient rage, et certains joueurs parlaient déjà de “fin des exclusivités sacrées”.

Mais là encore, la réalité était moins romanesque. Square Enix a expliqué que cette décision venait surtout de la répartition du marché occidental, où la Xbox 360 se vendait très bien, notamment aux États‑Unis. L’exclusivité PlayStation n’avait plus autant de sens économiquement.

Pour Xbox, c’était une victoire. Pour Ed Fries, un demi‑regret : le succès aurait pu être bien plus profond… s’ils avaient réussi plus tôt.


Ce que cet échec dit de l’industrie

Cette histoire révèle quelque chose d’essentiel : les guerres de consoles ne se jouent pas uniquement sur la puissance ou les chiffres de vente, mais sur la confiance culturelle et politique entre acteurs.

Xbox a réussi avec des studios occidentaux. Avec Bungie, Rare ou BioWare. Mais au Japon, le poids des habitudes, des alliances historiques et des équilibres subtils était colossal. Final Fantasy n’était pas “juste une licence” : c’était un symbole national du jeu vidéo.

Et même aujourd’hui, malgré des discours plus ouverts, on sent que certaines franchises restent émotionnellement liées à des plateformes précises. L’histoire de Final Fantasy et Xbox le montre mieux que n’importe quelle conférence E3.


Un rêve brisé… mais une admiration intacte

Ed Fries ne cache pas que Final Fantasy reste le plus grand regret de sa carrière chez Xbox. Pas parce que le deal aurait garanti la victoire, mais parce qu’il aurait profondément changé la perception de la marque à ses débuts.

Aujourd’hui, Xbox et Square Enix se parlent plus librement. Mais l’époque héroïque est passée. Le moment où un simple accord pouvait redessiner tout un paysage vidéoludique appartient désormais à l’histoire.

Et quelque part, on se demande encore :
et si Final Fantasy X était sorti sur Xbox en 2001… à quoi ressemblerait le jeu vidéo aujourd’hui ?

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