Raspberry Pi 4 (3GB) : un “nouveau” modèle né d’une crise de la RAM… et d’un prix qui grimpe encore
Raspberry Pi 4 (3GB) : un nouveau modèle né d’une crise de la RAM qui étrangle tout le marché
Le Raspberry Pi 4 revient dans une configuration inattendue : 3GB de RAM, un choix surprenant sur le papier mais parfaitement logique lorsqu’on observe l’état catastrophique du marché de la mémoire en 2026. La fondation Raspberry Pi annonce en effet ce nouveau modèle alors que les prix du LPDDR4 ont explosé d’un facteur sept en un an, une hausse qui force le constructeur à revoir ses tarifs à la hausse sur presque toute la gamme — un mouvement largement confirmé par Phoronix, qui note une nouvelle série d’augmentations touchant le Pi 4, le Pi 5 et même les Compute Modules. Le timing, un 1ᵉʳ avril, semblait presque trop caricatural, mais la fondation rassure immédiatement : ce n’est pas une blague, juste la réalité d’un monde où produire du matériel devient chaque mois plus cher.
Un marché de la mémoire devenu fou : quand le LPDDR4 dicte la stratégie
Pour comprendre ce Pi 4 “3GB”, il faut d’abord comprendre la crise que traverse l’industrie de la RAM. Selon Raspberry Pi, le coût du LPDDR4 — la mémoire utilisée dans les Pi modernes — a littéralement explosé, au point d’imposer des hausses brutales sur les modèles 4GB, 8GB et 16GB. Concrètement, le Raspberry Pi 4 et 5 en versions 4GB prennent +25$, les versions 8GB +50$, et le Pi 5 en 16GB grimpe de +100$, pendant que le Pi 500+ bondit jusqu’à +150$ selon Phoronix. Du côté officiel, la fondation reconnaît ne plus pouvoir absorber la situation sans revoir sa grille tarifaire, expliquant que les contraintes de production ne laissent aucune alternative viable si l’entreprise veut continuer à proposer des SBC abordables pour les makers, les écoles, et les projets embarqués à grande échelle.
Dans ce contexte, l’arrivée d’un modèle intermédiaire n’est donc pas un luxe, mais une réponse rapide à une flambée des coûts qui menace directement la philosophie du projet Raspberry Pi : fournir une machine polyvalente et accessible.
Pourquoi 3GB ? Une réponse chirurgicale à un problème massif
Le modèle 3GB arrive précisément pour remplir l’espace laissé vacant entre le 2GB et un 4GB devenu trop cher pour beaucoup d’utilisateurs. Vendu $83.75, il se positionne comme un compromis pragmatique : moins cher que le nouveau tarif du 4GB, mais plus confortable que le 2GB dans des usages modernes comme Home Assistant, Pi-hole avancé ou serveurs légers. Phoronix confirme que ce modèle vise explicitement ceux qui “n’ont pas besoin des 4GB complets mais veulent éviter la hausse de prix”. La fondation elle-même insiste : l’objectif est de permettre aux utilisateurs de “ne pas payer plus de mémoire que nécessaire”, rappelant que la logique du Raspberry Pi reste de maximiser le rapport prix/performance, même en période de tempête industrielle.
Mais au-delà du prix, ce 3GB intrigue : car la mémoire LPDDR4 ne se fabrique pas dans cette capacité. Comment y parviennent-ils ? C’est là qu’entre en jeu l’ingénierie un peu maligne : selon CNX Software, le Pi 4 3GB repose sur un PCB révisé utilisant deux puces de 1.5GB, un design aperçu plus tôt dans une révision technique du Pi 4. Ce montage permet d’obtenir 3GB réels sans refondre entièrement la carte, une astuce qui évite de dépendre de densités de RAM introuvables tandis que le marché est au bord de la rupture.
Une gamme en pleine recomposition : certains modèles survivent, d’autres flambent
L’annonce du Pi 4 3GB arrive dans un contexte où Raspberry Pi doit arbitrer sévèrement entre les modèles qu’elle peut maintenir à prix bas et ceux qu’elle doit réévaluer. Les modèles 1GB et 2GB des Pi 4 et Pi 5 restent étonnamment stables — une décision logique, car ils utilisent peu de mémoire et permettent de préserver une entrée de gamme accessible. Le Raspberry Pi 400, malgré la tempête, conserve un prix de 60$ pour sa version 4GB, ce qui est presque un petit miracle. En revanche, les versions musclées de tous les produits, y compris les Compute Modules utilisés dans l’industrie et les entreprises, prennent entre 11$ et 100$ selon la capacité, un mouvement validé par les chiffres de Phoronix et confirmé dans la communication officielle de Raspberry Pi.

À l’opposé, les anciens modèles — Raspberry Pi Zero, Pi 1, Pi 3 ou Compute Module 1 et 3+ — restent stables car ils utilisent de la LPDDR2, bien moins chère et dont les stocks restent abondants. La fondation profite de cette situation atypique pour rappeler que ces cartes, bien qu’anciennes, restent supportées et utiles dans de nombreux projets à faible intensité.
À qui s’adresse vraiment le Raspberry Pi 4 3GB ?
Contrairement à ce que son existence pourrait laisser penser, le Pi 4 3GB n’est pas destiné à l’expérimentateur extrême, ni au bricoleur qui lance un cluster Kubernetes sur son bureau — ce genre de profil ira directement vers les versions 8GB ou 16GB malgré la hausse. Ce modèle est pensé pour les utilisateurs “terrain” : les makers, les fablabs, les écoles, les intégrateurs IoT, les hobbyistes sérieux, bref tous ceux qui veulent un Pi fiable, performant, mais pas démesurément cher dans un monde où la RAM change de prix plus vite que les GPU miniers en 2021. Il sert aussi une clientèle souvent oubliée : les entreprises industrielles qui utilisent le Pi dans des équipements embarqués où chaque dollar compte, mais qui veulent échapper aux 25$ ou 50$ ajoutés sur les versions supérieures.
Conclusion : un modèle d’équilibre dans une période de chaos
Le Raspberry Pi 4 “3GB” n’est pas une révolution technologique — il n’introduit pas de nouveau processeur, pas de nouveau GPU, pas de nouvelle interface. Ce qu’il apporte, c’est quelque chose de beaucoup plus pragmatique : une bouée dans un marché en tension, un moyen de préserver l’esprit du Raspberry Pi sans s’écraser contre la réalité des prix du LPDDR4. Il montre aussi que même dans une industrie en pleine mutation, la fondation Raspberry Pi reste capable d’adapter rapidement sa gamme pour éviter que son produit phare ne devienne un luxe.
En bref : ce Pi 4 3GB tombe au moment parfait. Il rassure, il stabilise, et il évite à toute une communauté de basculer vers des alternatives moins suivies ou moins standardisées. Et à 83.75$, en 2026, c’est presque un cadeau.


