Ubuntu 26.04 et ROCm : le rêve d’un support propre… qui s’effiloche à trois semaines du lancement
Ubuntu 26.04 LTS approche à grands pas. Trois semaines avant la sortie officielle, la pression monte, les devs dorment peu, et les utilisateurs Linux commencent à rafraîchir frénétiquement les pages de Changelogs comme si c’était un sport olympique.
Et parmi les promesses les plus attendues, il y en a une qui faisait briller les yeux de tout le monde : ROCm, intégré nativement dans Ubuntu. Un simple apt install rocm, et hop, l’écosystème AMD pour l’IA et le compute à portée de main.
Sur le papier, c’était magnifique.
Dans la réalité… ça patine encore sévère.
Rappel : c’est quoi ROCm, et pourquoi tout le monde en parle ?
ROCm, c’est la plateforme open-source d’AMD pour accélérer le calcul GPU :
– IA,
– machine learning,
– HPC,
– frameworks comme PyTorch, TensorFlow, JAX,
– support pour les GPU Instinct et Radeon.
L’idée est simple : offrir une alternative ouverte à CUDA, l’empire Nvidia, qui règne sur l’IA depuis dix ans.
Sauf que jusqu’ici, installer ROCm sous Linux relevait du rituel vaudou : dépendances obscures, noyaux spécifiques, docs contradictoires, et une probabilité non nulle de sacrifier un week‑end entier pour que ça fonctionne.
Canonical voulait changer ça : ROCm intégré au système, mis à jour via APT, Snap et Docker, un support long terme, et une équipe dédiée au packaging. Bref, l’avenir semblait radieux.
La promesse : “apt install rocm” dès Ubuntu 26.04
En décembre, Canonical avait annoncé en fanfare que ROCm ferait partie des dépôts officiels d’Ubuntu 26.04, comme CUDA aujourd’hui.
L’intégration native devait permettre une installation simple, fiable, propre, avec mises à jour automatiques.
Le message était clair :
“apt install rocm” deviendrait la norme pour les devs IA sur Ubuntu.
Et cette promesse a été largement relayée, parfois un peu trop optimistement.
La réalité actuelle : l’intégration est… incomplète
Phoronix a jeté un pavé dans la mare : la meta-package “rocm” n’est même pas présente dans l’archive actuelle de la 26.04, post‑bêta.
Même constat pour une partie des autres paquets ROCm.
Ceux qui sont là sont basés sur ROCm 7.1, alors que la version upstream est déjà passée par 7.2 puis 7.2.1, apportant de grosses améliorations, notamment pour WSL2.
En clair :
– l’intégration est partielle,
– pas à jour,
– pas alignée avec la promesse de décembre.
Ce n’est pas un petit retard, c’est un vrai grain de sable dans la machine.
Pourquoi ça bloque ? Un mélange de timing et de logistique
La bonne nouvelle : un ingénieur Canonical, Talha Can Havadar, vient enfin d’obtenir ses droits d’upload pour maintenir officiellement les paquets ROCm.
La mauvaise nouvelle : cette approbation ne tombe qu’à quelques semaines du gel final. Autant dire que ça va être serré pour basculer ROCm 7.2.1 dans Ubuntu avant la sortie.
Pendant ce temps :
– la PPA ROCm-devel reste elle aussi figée en 7.1,
– AMD pousse les nouvelles versions à un rythme soutenu,
– et Canonical doit jongler avec les contraintes de stabilité propres aux LTS.
Il aurait fallu que l’intégration commence plus tôt dans le cycle pour que tout s’aligne proprement.
Conséquence : pour l’instant, le meilleur choix reste… d’utiliser ROCm upstream
Et c’est Phoronix qui le dit très clairement :
les utilisateurs qui ont besoin d’un ROCm moderne doivent continuer à installer les paquets officiels AMD en dehors des dépôts Ubuntu.
Ce qui revient, malheureusement, à l’ancien schéma :
– installation manuelle,
– compatibilité dépendante du noyau,
– manipulations plus fines pour les versions de bibliothèques.
On revient donc exactement à la situation qu’Ubuntu 26.04 devait corriger.
Ironique ? Oui.
Surprenant ? Pas tant que ça, quand on connaît la complexité de ROCm et la vitesse à laquelle AMD publie ses mises à jour.
Pourtant, long terme, cette intégration reste une énorme victoire
Ne boudons pas notre plaisir.
Même si ça n’arrive pas à temps pour le jour J, le fait que Canonical :
– maintienne ROCm,
– prévoit des mises à jour régulières,
– l’intègre à APT, Snap, Docker,
– vise le support Debian,
– et prépare un suivi via Ubuntu Pro jusqu’à 15 ans…
… c’est un pas de géant pour l’écosystème AMD sur Linux.
CUDA est puissant, mais fermé.
ROCm est parfois chaotique, mais ouvert.
Et le monde de l’IA bouge vite : standardiser ROCm dans les distributions mainstream peut changer la donne à terme.
Conclusion : ROCm n’arrivera peut‑être pas pour le lancement, mais la route est tracée
Si vous attendiez Ubuntu 26.04 pour installer ROCm au propre :
désolé, il faudra peut‑être patienter encore un peu.
Mais pour la première fois, ROCm n’est plus “un truc bricolé via une PPA”, mais une brique officielle que Canonical s’engage à maintenir.
Cette transition prend du temps, et il est normal que le timing soit serré pour une LTS aussi ambitieuse.
La vraie question maintenant :
verra‑t‑on un ROCm complet et moderne entrer dans Ubuntu 26.04 via une mise à jour post‑release ?
Probablement.
Et ce jour‑là, installer ROCm sera aussi simple que “apt install rocm”.
Promis, juré — enfin… presque.


