Même Microsoft l’admet : le Xbox Game Pass est devenu trop cher
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Même Microsoft l’admet : le Xbox Game Pass est devenu trop cher

·par Dany · 6 min
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Le genre d’aveu qu’on n’entend presque jamais

Quand une entreprise augmente ses prix, elle trouve généralement toujours une formule bien propre pour emballer ça. “Plus de valeur”, “offre enrichie”, “expérience améliorée”, toute la panoplie habituelle. Alors quand Microsoft reconnaît noir sur blanc que le Xbox Game Pass est devenu “trop cher pour les joueurs”, forcément, ça attire tout de suite l’attention. D’après une note interne révélée par The Verge, Asha Sharma, nouvelle patronne du gaming chez Microsoft, admet que le modèle actuel n’est pas le bon et qu’il faut revoir “l’équation de valeur” du service. Elle précise aussi que, sur le long terme, Game Pass devra évoluer vers un système plus flexible.

Ce n’est pas juste une petite phrase malheureuse perdue dans un document interne. C’est un signal très fort, parce qu’il vient directement de la personne chargée de piloter l’avenir de Xbox. Et surtout, ça valide publiquement ce que beaucoup de joueurs répètent depuis des mois : le Game Pass, qui était autrefois présenté comme l’affaire du siècle, commence sérieusement à tirer sur la corde côté prix.

Une hausse de prix qui a clairement changé la perception du service

Le contexte explique beaucoup de choses. L’an dernier, Microsoft a revu en profondeur son offre Game Pass, avec notamment une hausse très marquée du tarif de la formule Ultimate, passée à 26,99 euros par mois, soit une augmentation de 50 %. PC Game Pass a aussi subi une hausse importante, pendant que les différentes formules étaient réorganisées avec de nouveaux noms et de nouvelles limitations. Microsoft avait alors justifié cette évolution par l’ajout de gros jeux, davantage de day one, plus de cloud, plus de contenu global, et l’intégration de licences majeures comme Call of Duty.

Le problème, c’est qu’à partir d’un certain seuil, le discours sur la “valeur” ne suffit plus. Un abonnement jeu vidéo à presque 30 euros par mois entre en concurrence non seulement avec les autres services gaming, mais aussi avec Netflix, Disney+, Spotify, et tout le reste. À force d’empiler les abonnements, les joueurs finissent par faire ce que tout le monde fait quand les budgets se tendent : ils coupent dans ce qui ne leur semble plus indispensable.

Le Game Pass reste fort… mais il n’a plus l’aura de ses débuts

Il faut être honnête : le Xbox Game Pass reste un service extrêmement solide. L’idée de pouvoir accéder à un gros catalogue, avec des sorties day one sur certains titres, du jeu sur console, PC et cloud, reste objectivement intéressante. Pour quelqu’un qui joue beaucoup, ou qui aime tester régulièrement de nouveaux titres, l’offre a toujours du sens. Le souci n’est donc pas que le service soit devenu mauvais. Le souci, c’est qu’il a perdu une partie de son image de “deal imbattable”.

Et c’est probablement là que Microsoft a commencé à sentir le problème. Pendant des années, le Game Pass a été vendu comme l’arme absolue contre le modèle traditionnel : plus besoin d’acheter les jeux plein pot, l’abonnement s’occupe de tout. Sauf qu’à mesure que les prix ont monté, la promesse de départ s’est fissurée. Aujourd’hui, certains joueurs regardent les tarifs et se demandent si, au fond, acheter deux ou trois jeux bien choisis par an ne revient pas moins cher que de rester abonné en continu.

L’intégration de Call of Duty a peut-être tout changé

Une partie de cette inflation est directement liée à la stratégie de Microsoft autour d’Activision Blizzard. L’intégration de Call of Duty dans l’écosystème Xbox et la pression mise sur le day one ont probablement renforcé les coûts et la complexité économique du modèle. The Verge évoque d’ailleurs le fait que Microsoft pourrait revoir la place de Call of Duty dans le Game Pass à l’avenir, précisément pour des raisons de rentabilité. Rien n’est confirmé officiellement à ce stade, mais le simple fait que cette idée circule montre à quel point la formule actuelle semble difficile à équilibrer.

Et au fond, c’est assez logique. Le Game Pass a longtemps été pensé comme un outil de conquête. Quand il fallait attirer les joueurs, casser les habitudes et imposer Xbox comme un écosystème plutôt qu’une simple console, Microsoft pouvait absorber certains coûts. Mais une fois que le service devient massif, avec des gros blockbusters, des licences ultra premium et une pression constante sur la nouveauté, la question de la rentabilité finit forcément par revenir au centre de la table.

Microsoft prépare déjà l’après

Ce qui est peut-être le plus intéressant dans cette fuite, ce n’est pas le constat, mais ce qu’il implique pour la suite. Asha Sharma ne parle pas simplement d’un petit ajustement de prix. Elle évoque un modèle plus flexible, ce qui laisse imaginer plusieurs scénarios : des paliers moins chers, des offres plus ciblées, un abonnement avec publicité, des partenariats externes, ou encore un découpage plus fin entre console, PC, cloud et sorties day one. D’ailleurs, plusieurs rapports récents indiquaient déjà que Microsoft étudiait des tiers plus abordables et d’autres formes de distribution du service.

Mais cette perspective ne rassure pas tout le monde. Certains acteurs de l’industrie, comme Michael Douse de Larian, ont déjà mis en garde contre une logique de baisse des prix qui pourrait accentuer une “course vers le bas” et fragiliser encore davantage les studios. Rendre le service plus accessible, oui. Le vider économiquement au point de faire pression sur toute la chaîne de production, c’est une autre histoire.

Le vrai sujet, ce n’est pas juste le prix

Au fond, ce dossier dépasse largement le simple cas du Game Pass. Il pose une question plus large sur le futur du jeu vidéo par abonnement. Jusqu’où un service comme celui-ci peut-il monter en gamme sans devenir trop cher ? À quel moment la logique “tout inclus” finit-elle par se retourner contre elle-même ? Et surtout, est-ce qu’un abonnement peut encore être perçu comme un bon plan quand il entre dans la même zone tarifaire que plusieurs grosses plateformes de streaming réunies ?

Microsoft semble avoir compris qu’il y avait là un problème de perception autant qu’un problème économique. Le Game Pass n’est pas mort, loin de là. Mais il est arrivé à un moment charnière. S’il veut rester central dans la stratégie Xbox, il devra redevenir désirable, pas seulement riche en contenu.

Et ça, c’est beaucoup plus difficile que d’ajouter quelques jeux de plus au catalogue.

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